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actualites2026-03-20

USA : arrêt des visas d'immigration pour les Russes et Biélorusses — visa K-1 en suspens

Ce qui s'est passé : la décision du Département d'État

En janvier 2026, le Département d'État américain a officiellement suspendu le traitement des visas d'immigration pour les ressortissants de 75 pays, parmi lesquels la Russie et la Biélorussie. Cette décision, prise dans le cadre d'une révision globale de la politique migratoire de l'administration en place, affecte directement des dizaines de milliers de personnes en attente d'un visa d'immigration vers les États-Unis.

La suspension concerne l'ensemble des catégories de visas d'immigration : visas de regroupement familial, visas de diversité (loterie), visas de travail avec immigration permanente et, crucially, les visas de fiancé(e) K-1. Aucune date de reprise n'a été communiquée, et le Département d'État a indiqué que la situation serait réévaluée au cas par cas et par pays.

Pour la Russie, cette mesure vient s'ajouter à un contexte déjà tendu. Les sanctions et les restrictions diplomatiques imposées depuis 2022 avaient déjà ralenti le traitement des dossiers consulaires américains en Russie. La fermeture du consulat américain à Ekaterinbourg et la réduction drastique du personnel à Moscou avaient allongé les délais de traitement à des niveaux historiques — parfois 18 à 24 mois pour un simple rendez-vous de visa d'immigration.

Les 75 pays concernés

La liste comprend principalement des pays d'Afrique, d'Asie centrale, du Moyen-Orient, d'Europe de l'Est et d'Asie du Sud-Est. En ce qui concerne l'espace post-soviétique, sont concernés :

  • Russie : toutes les catégories de visas d'immigration suspendues.
  • Biélorussie : même régime que la Russie.
  • Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan : inclus dans la liste.
  • Ukraine : non concernée par cette suspension (les citoyens ukrainiens bénéficient de programmes de protection spécifiques).
  • Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan : non inclus à ce stade.

La liste complète est publiée sur le site du Département d'État (travel.state.gov). Elle est susceptible d'évoluer.

Impact direct sur le visa K-1 (fiancé/fiancée)

Qu'est-ce que le visa K-1 ?

Le visa K-1, communément appelé visa de fiancé(e), est un visa de non-immigrant qui permet au(à la) fiancé(e) d'un(e) citoyen(ne) américain(e) d'entrer aux États-Unis afin de s'y marier dans un délai de 90 jours. Une fois le mariage célébré, le(la) bénéficiaire peut demander un ajustement de statut pour obtenir une carte verte (résidence permanente).

Ce visa est essentiel pour les milliers de couples russo-américains qui se forment chaque année. Il était déjà soumis à un processus long et coûteux : dépôt de la pétition I-129F par le citoyen américain, traitement par le USCIS (United States Citizenship and Immigration Services), transfert du dossier au National Visa Center, puis traitement par l'ambassade américaine à Moscou.

La situation avant la suspension

Avant janvier 2026, le délai moyen de traitement d'un dossier K-1 pour un(e) ressortissant(e) russe était déjà d'environ 12 à 18 mois, du dépôt de la pétition à l'obtention du visa. Les retards s'expliquaient par la surcharge des services consulaires à Moscou, les vérifications de sécurité renforcées et le contexte diplomatique.

Ce que la suspension change concrètement

La suspension signifie que :

  1. Les pétitions I-129F en cours de traitement par le USCIS continuent d'être examinées, mais même si elles sont approuvées, le visa ne pourra pas être délivré tant que la suspension sera en vigueur.
  2. Les dossiers transférés au National Visa Center sont gelés. Aucun rendez-vous d'entretien n'est programmé.
  3. Les entretiens consulaires déjà programmés ont été annulés sans possibilité de report immédiat.
  4. Les nouvelles pétitions peuvent toujours être déposées, mais sans perspective de date de traitement.

En pratique, les couples russo-américains engagés dans une procédure K-1 font face à une attente indéterminée qui s'ajoute aux délais déjà considérables.

Conséquences pour les couples russo-américains

L'impact humain est considérable. Des milliers de couples se retrouvent dans une situation d'incertitude prolongée, avec des conséquences sur leur vie personnelle, professionnelle et financière.

Séparation prolongée

De nombreux couples vivent séparés depuis des mois, voire des années, dans l'attente du visa K-1. La suspension ajoute un délai supplémentaire indéterminé. Les visites mutuelles sont compliquées : obtenir un visa touristique B-1/B-2 pour les États-Unis depuis la Russie est devenu difficile, et les citoyens américains doivent obtenir un visa pour se rendre en Russie.

Coûts financiers

Les frais engagés dans la procédure K-1 (pétition USCIS : 535 dollars, frais de visa : 265 dollars, examen médical : 200 à 400 dollars, traductions certifiées, voyages) sont non remboursables. Certains couples ont dépensé entre 2 000 et 5 000 dollars dans la procédure sans pouvoir aboutir.

Incertitude juridique

L'absence de calendrier de reprise crée une anxiété permanente. Les pétitions I-129F ont une validité limitée dans le temps, et les couples s'interrogent sur le risque d'expiration de leur dossier.

Alternatives possibles

Face à cette impasse, plusieurs options sont envisagées par les couples concernés, chacune avec ses avantages et ses limites.

Visa touristique B-1/B-2

Le visa touristique américain permet un séjour de 6 mois maximum. Il ne permet pas de travailler ni de se marier aux États-Unis avec l'intention de rester (cela constituerait une fraude à l'immigration). En revanche, il permet de rendre visite à son(sa) partenaire.

Le taux d'octroi du visa B-1/B-2 pour les demandeurs russes a chuté ces dernières années. Le risque de refus est élevé, surtout si l'agent consulaire soupçonne une intention d'immigration. La pétition K-1 en cours est précisément un indice de cette intention.

Mariage à l'étranger et visa CR-1/IR-1

Une alternative consiste à se marier dans un pays tiers (Turquie, Géorgie, Émirats arabes unis, Serbie, pays d'Amérique latine) puis à déposer une pétition de visa pour conjoint(e) (I-130), qui aboutit à un visa CR-1 (mariage de moins de 2 ans) ou IR-1 (mariage de plus de 2 ans). Toutefois, les visas CR-1 et IR-1 sont également des visas d'immigration et sont donc aussi affectés par la suspension.

Traitement dans un pays tiers

Certains avocats spécialisés en immigration explorent la possibilité de faire traiter le dossier K-1 par une ambassade américaine dans un pays tiers (traitement dit third-country national processing). Cette approche est complexe, nécessite une justification solide (absence de consulat fonctionnel dans le pays de résidence) et n'est acceptée qu'au cas par cas. Les ambassades américaines en Géorgie, en Arménie et en Turquie sont les plus fréquemment mentionnées.

Attendre la levée de la suspension

Pour de nombreux couples, l'attente reste la seule option viable. Le contexte politique américain étant volatile, une levée partielle ou totale de la suspension pourrait intervenir à tout moment — ou se prolonger indéfiniment.

Perspective : quelle durée probable ?

La question que tous les couples concernés se posent est celle de la durée. Aucune réponse certaine n'est possible, mais plusieurs éléments de contexte permettent d'esquisser des scénarios.

Facteurs favorisant une levée rapide

  • Pression juridique : plusieurs recours collectifs (class action lawsuits) ont été déposés devant les tribunaux fédéraux américains par des associations de défense des droits des immigrants et par des citoyens américains dont les partenaires sont affectés. Des décisions judiciaires pourraient contraindre l'administration à reprendre le traitement.
  • Pression politique : les couples américains affectés constituent un groupe de pression actif, organisant des campagnes auprès de leurs élus au Congrès.
  • Précédents : des suspensions similaires dans le passé ont rarement duré plus de 6 à 12 mois avant d'être partiellement levées.

Facteurs défavorables

  • Contexte géopolitique : les relations russo-américaines restent au plus bas, et la Russie est un pays spécifiquement ciblé par les restrictions.
  • Orientation politique : la politique migratoire restrictive de l'administration actuelle ne montre pas de signe de relâchement sur le court terme.
  • Capacité consulaire : même en cas de levée de la suspension, le retard accumulé nécessitera des mois pour être résorbé.

L'estimation raisonnable, selon les avocats spécialisés consultés, est une suspension de 6 à 18 mois, avec une possible levée progressive par catégories de visa ou par pays.

Ce que les couples peuvent faire maintenant

En attendant une évolution de la situation, voici les mesures concrètes recommandées :

  1. Consultez un avocat spécialisé en immigration américaine : la situation est trop complexe et trop volatile pour être gérée sans conseil juridique. Des cabinets comme Boundless, RapidVisa et Visalaw ont une expertise spécifique des dossiers K-1 russo-américains.

  2. Maintenez votre dossier à jour : continuez à rassembler les documents nécessaires, renouvelez ceux qui expirent, maintenez la preuve de votre relation (échanges, photos, relevés de communication).

  3. Surveillez les mises à jour officielles : consultez régulièrement le site du Département d'État (travel.state.gov) et les annonces du USCIS.

  4. Rejoignez les communautés de soutien : des groupes sur Facebook, Reddit et Telegram rassemblent des milliers de couples dans la même situation. Le partage d'informations et le soutien mutuel sont précieux.

  5. Explorez les alternatives géographiques : pour les couples francophones, la France et l'espace Schengen offrent des possibilités de regroupement familial avec des procédures distinctes, indépendantes des restrictions américaines. Le visa de conjoint français est une piste à explorer si l'un des partenaires a la nationalité française ou un titre de séjour en France.

Un rappel important

Cette suspension concerne les visas d'immigration américains. Les procédures de visa pour l'espace Schengen, la France, le Canada, le Royaume-Uni et d'autres destinations restent indépendantes et continuent de fonctionner selon leurs propres règles. Les couples qui envisagent de construire leur vie ensemble en Europe disposent d'options différentes, avec leurs propres critères et délais.