L'ancien système : 90 jours sur 180 jours
Jusqu'au 31 décembre 2024, les ressortissants étrangers bénéficiant d'un régime de libre circulation avec la Russie (c'est-à-dire dispensés de visa) pouvaient séjourner sur le territoire russe pendant 90 jours au cours de chaque période de 180 jours.
Le décompte était cumulatif : une sortie de quelques heures, le « border run » ou « visa run », ne remettait pas le compteur à zéro. En revanche, ce système permettait d'alterner 90 jours en Russie et 90 jours à l'étranger, soit près de 180 jours de présence par an, sans jamais sortir du cadre légal.
Ce mécanisme était largement utilisé par les ressortissants d'Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan) travaillant en Russie sans permis de travail formel, ainsi que par certains nomades numériques et hommes d'affaires profitant du régime sans visa.
La nouvelle règle : 90 jours par année civile
Le texte : loi fédérale n° 260-FZ
La loi fédérale n° 260-FZ du 8 août 2024 modifie notamment l'article 5 de la loi fédérale n° 115-FZ du 25 juillet 2002 relative au statut juridique des étrangers en Fédération de Russie.
La modification est la suivante : la période de référence pour le calcul de la durée de séjour autorisée passe de 180 jours à l'année civile. Un ressortissant étranger en régime sans visa ne peut désormais séjourner en Russie que 90 jours au total au cours d'une même année civile, du 1er janvier au 31 décembre.
Entrée en vigueur
La nouvelle règle de séjour s'applique depuis le 1er janvier 2025. Depuis le 5 février 2025, l'interdiction d'entrée de trois ans qui sanctionne le dépassement des 90 jours se calcule elle aussi sur l'année civile. La même loi a créé le registre des étrangers en situation irrégulière.
Comment le calcul fonctionne
Le décompte par année civile fonctionne comme suit :
- À chaque entrée sur le territoire russe, les jours déjà passés en Russie depuis le 1er janvier de l'année en cours sont additionnés
- Si le total atteint 90 jours, le voyageur doit quitter le territoire et ne peut plus revenir sans visa avant le 1er janvier suivant
- Le quota de 90 jours se reconstitue en entier au 1er janvier
Par exemple, un voyageur qui a séjourné 90 jours consécutifs en Russie du 1er mars au 29 mai 2025 a épuisé son quota de 2025 : il ne pourra revenir sans visa qu'à partir du 1er janvier 2026.
Fin de l'alternance des séjours
La conséquence directe de cette réforme est la fin de l'alternance des séjours. Quitter la Russie, même pendant 90 jours, ne libère plus de nouveau quota avant le 1er janvier suivant. Chaque jour passé sur le territoire russe depuis le début de l'année est comptabilisé, quelle que soit la fréquence des entrées et sorties.
la règle passe de 90 jours sur 180 à 90 jours par année civile. Un voyageur ayant consommé ses 90 jours doit désormais attendre le 1er janvier suivant pour revenir sans visa, et le séjour sans visa ne peut plus dépasser 90 jours par an, contre près de 180 auparavant. Les Français, qui entrent toujours avec un visa ou un e-Visa, ne sont pas affectés.
Qui est concerné
Les bénéficiaires du régime sans visa
La réforme concerne exclusivement les ressortissants étrangers qui entrent en Russie dans le cadre d'accords de libre circulation bilatéraux ou multilatéraux. Les principaux pays concernés sont :
- CEI : Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan, Arménie, Azerbaïdjan, Moldavie
- Union économique eurasiatique (UEEA) : Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan, Arménie (libre circulation complète pour le travail)
- Amérique latine : Brésil, Argentine, Venezuela, Cuba, Nicaragua, Bolivie, etc.
- Asie : certains pays bénéficiant d'accords spécifiques
Les Français ne sont PAS directement concernés
Les ressortissants français, belges, suisses et canadiens ne bénéficient pas d'un régime de libre circulation avec la Russie. L'entrée sur le territoire russe nécessite un visa. Pour un Français, un Belge ou un Suisse, le e-Visa couvre la plupart des séjours courts ; le visa consulaire (touristique, affaires, privé, humanitaire) reste nécessaire au-delà de 30 jours ou pour plusieurs entrées. Un Canadien, lui, n'est pas éligible au e-Visa et passe obligatoirement par le consulat, comme les ressortissants des États-Unis, du Royaume-Uni, d'Australie et de Nouvelle-Zélande.
La durée de séjour autorisée pour les Français est déterminée par le type de visa obtenu :
- Visa touristique : 30 jours maximum
- Visa d'affaires : 90 jours sur 180 jours (multientrées)
- Visa privé : 90 jours
- Visa de travail : durée du contrat, jusqu'à 3 ans
La réforme de la loi n° 260-FZ ne modifie pas ces conditions. Elle n'affecte que les séjours en régime sans visa.
Le contexte : un durcissement migratoire massif en 2024
La réforme de la règle des 90 jours s'inscrit dans un contexte de durcissement global de la politique migratoire russe. L'année 2024 a été marquée par :
- Plus de 80 000 expulsions d'étrangers pour violations migratoires, presque le double de 2023 (44 200)
- Le renforcement des contrôles aux postes-frontières et dans les transports publics
- L'adoption de la loi sur le registre des étrangers en situation irrégulière (entrée en vigueur en février 2025)
- Le lancement, le 1er décembre 2024, d'une expérience de collecte des empreintes digitales et de la photo des étrangers à la frontière
Les autorités russes ont présenté cette réforme comme un outil de lutte contre le travail illégal et le séjour irrégulier de longue durée.
La demande d'entrée en ligne (RuID), prolongée jusqu'à fin 2027 : qui est concerné
Depuis le 30 juin 2025, la Russie expérimente une demande d'entrée en ligne, souvent présentée comme une autorisation électronique de voyage (ETA), à déposer dans l'application mobile Gosuslugi RuID. Elle ne vise que les voyageurs entrant sans visa : ni les titulaires d'un visa classique, ni ceux d'un e-visa ne sont concernés.
Les points à connaître :
- Expérience prolongée jusqu'au 31 décembre 2027. Prévue au départ jusqu'au 30 juin 2026, elle a été prolongée par la décision gouvernementale n° 468 du 27 avril 2026. La démarche reste volontaire : un voyageur éligible au régime sans visa peut entrer sans avoir déposé de demande, sans être refoulé à la frontière.
- Demande entre 90 jours et 72 heures avant l'arrivée, dans l'application Gosuslugi RuID. Un délai plus court est prévu en cas d'urgence.
- Exemptions : les citoyens biélorusses, les enfants de moins de 6 ans, les personnels diplomatiques et consulaires et ceux des organisations internationales, ainsi que leur famille, sont exclus de l'expérience.
- Échéance à surveiller : décembre 2026. Le gouvernement a chargé les ministères concernés de préparer, pour début décembre 2026, un enregistrement obligatoire sur Gosuslugi des étrangers qui entrent sans visa, appelé à remplacer pour eux la carte migratoire. C'est à ce moment que la règle peut durcir.
si vous êtes français, belge ou suisse, vous voyagez avec un e-visa ou un visa classique. La demande d'entrée en ligne ne vous concerne pas. Elle s'adresse uniquement aux ressortissants des pays qui bénéficient d'un accord d'exemption de visa avec la Russie. La prise d'empreintes et de photo à l'arrivée, en revanche, s'applique à vous dans les points de passage équipés (voir notre guide sur la biométrie à la frontière).
Impact sur les ressortissants d'Asie centrale
Les premières populations touchées par cette réforme sont les travailleurs migrants d'Ouzbékistan et du Tadjikistan, qui représentent la majorité des flux migratoires vers la Russie. Une partie d'entre eux vivait en Russie en situation irrégulière ou en enchaînant les séjours sans visa.
Pour ces populations, la réforme implique soit l'obtention d'un permis de travail (patent) et d'un enregistrement migratoire en règle, soit, une fois les 90 jours épuisés, le retour dans leur pays d'origine jusqu'au 1er janvier suivant.
Ce que les expatriés francophones doivent retenir
Bien que les Français ne soient pas directement touchés par cette réforme, plusieurs enseignements s'en dégagent :
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La Russie durcit systématiquement sa politique migratoire depuis 2022. Chaque trimestre apporte de nouvelles restrictions, de nouveaux registres et de nouvelles obligations.
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La régularité du séjour est devenue critique. Les autorités disposent désormais d'outils numériques (collecte biométrique aux frontières, registre des étrangers en situation irrégulière) qui renforcent le contrôle des durées de séjour. Les dépassements, même involontaires, peuvent entraîner des conséquences immédiates.
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Les visas touristiques ne sont pas une solution de long terme. Les Français qui souhaitent résider en Russie de manière durable doivent envisager un titre de séjour (RVP ou VNJ) plutôt que des enchaînements de visas touristiques.
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La consultation d'un avocat spécialisé en droit migratoire russe est recommandée avant tout projet d'installation ou de séjour prolongé.


