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expatriation

Russie : 80 000 étrangers expulsés en 2024 — le double de l'année précédente

Les autorités russes ont expulsé 80 000 étrangers en 2024 pour violations migratoires, soit le double de 2023, dans un contexte de durcissement continu.

20 janvier 20256 min de lecture
Russie : 80 000 étrangers expulsés en 2024 — le double de l'année précédente

Les chiffres de 2024

Selon les données publiées par le ministère de l'Intérieur de la Fédération de Russie (MVD) en janvier 2025, environ 80 000 ressortissants étrangers ont été expulsés du territoire russe au cours de l'année 2024 pour violations de la législation migratoire. Ce chiffre représente une augmentation d'environ 100 % par rapport à l'année 2023, au cours de laquelle environ 40 000 expulsions avaient été enregistrées.

Ces statistiques englobent les expulsions administratives (administrativnoïe vydvorenié), les reconduites à la frontière (deportatsia) et les départs forcés sous escorte. Les départs volontaires sous injonction ne sont pas comptabilisés dans ce total.

Les principales causes d'expulsion

Dépassement de la durée de séjour autorisée

La première cause d'expulsion, représentant environ 40 % des cas, est le dépassement de la durée de séjour légale. Cela inclut les séjours prolongés au-delà de la validité du visa, du régime sans visa (90 jours sur 180 jours, devenu 90 sur 365 depuis le 1er janvier 2025) ou du titre de séjour.

Avec le renforcement des systèmes de contrôle numérique et la suppression progressive de la carte migratoire papier au profit du système RuID, la détection des dépassements est devenue quasi automatique. Les postes de contrôle frontaliers et les services de police disposent désormais d'un accès en temps réel à la base de données TSBD MIG du MVD.

Travail sans autorisation

La deuxième cause, représentant environ 30 % des expulsions, est l'exercice d'une activité professionnelle sans permis de travail (patent) ou sans contrat enregistré auprès du MVD. Les contrôles sur les chantiers de construction, dans les marchés et dans les entreprises de services ont été considérablement renforcés en 2024, avec des opérations conjointes MVD-OMON (police anti-émeute) dans plusieurs grandes villes.

Infractions pénales

Environ 15 % des expulsions ont fait suite à des condamnations pénales. La loi russe prévoit l'expulsion obligatoire pour certaines catégories d'infractions commises par des étrangers, notamment les atteintes à l'ordre public, le trafic de stupéfiants et les actes de violence.

Non-respect de l'enregistrement migratoire

Les 15 % restants concernent le non-respect des obligations d'enregistrement migratoire (postanovka na migratsionnyi outchet). Tout étranger présent en Russie doit être enregistré auprès du MVD dans un délai de 7 jours ouvrés après son arrivée (3 jours dans certains cas). Le défaut d'enregistrement, la déclaration d'une fausse adresse ou l'absence de mise à jour après un changement de domicile constituent des infractions administratives passibles d'une amende et d'une expulsion.

Les nationalités les plus touchées

Asie centrale : la majorité des expulsions

Les ressortissants des pays d'Asie centrale représentent la grande majorité des étrangers expulsés en 2024 :

  • Ouzbékistan : environ 25 000 expulsions (31 % du total)
  • Tadjikistan : environ 18 000 expulsions (22 %)
  • Kirghizstan : environ 8 000 expulsions (10 %)

Ces trois pays fournissent historiquement la main-d'oeuvre migrante la plus nombreuse en Russie. La dépendance économique de ces populations vis-à-vis du marché du travail russe rend les séjours irréguliers fréquents, malgré les risques encourus.

Caucase du Sud et autres régions

Les ressortissants d'Azerbaïdjan, d'Arménie et de Géorgie représentent environ 12 % des expulsions. Les ressortissants d'autres pays (Chine, Vietnam, pays d'Afrique) comptent pour environ 10 %.

Les Occidentaux : très peu concernés

Les ressortissants de pays occidentaux (Union européenne, Amérique du Nord, Australie) représentent une part marginale des expulsions, estimée à moins de 1 % du total. Les cas impliquant des Occidentaux sont généralement liés à des dépassements de visa ou à des problèmes administratifs ponctuels, rarement à du travail illégal.

Le contexte : une refonte complète de la politique migratoire

L'augmentation spectaculaire des expulsions en 2024 ne résulte pas d'un événement unique mais d'une accumulation de mesures législatives et réglementaires adoptées depuis 2022 :

2022-2023 : les premières mesures

  • Renforcement des contrôles frontaliers et intérieurs
  • Augmentation des effectifs du GUVM (Direction générale des affaires migratoires)
  • Durcissement des sanctions pour emploi illégal d'étrangers (amendes multipliées par trois pour les employeurs)

2024 : l'accélération

  • Réforme de la règle des 90 jours (loi n°260-FZ) : passage de 90/180 à 90/365 jours
  • Déploiement du système biométrique RuID
  • Adoption des lois sur le registre des étrangers en situation irrégulière (lois n°579-FZ et n°580-FZ)
  • Renforcement des opérations de contrôle dans les grandes villes

2025 : l'automatisation

Depuis début 2025, les nouvelles lois permettent une restriction automatique des droits des étrangers en situation irrégulière (mariage, banque, immobilier, conduite) sans intervention judiciaire préalable. Ce mécanisme, combiné au registre centralisé, transforme la gestion migratoire d'un processus administratif lent en un système numérique rapide et systématique.

Les conséquences de l'expulsion

Interdiction de territoire

Toute expulsion administrative entraîne une interdiction de retour sur le territoire de la Fédération de Russie. La durée de cette interdiction varie :

  • 5 ans pour une première expulsion
  • 10 ans pour une deuxième expulsion
  • Interdiction permanente en cas de condamnation pénale ayant motivé l'expulsion

L'interdiction est enregistrée dans la base de données du Service fédéral des frontières (FSB Pogranslujba) et est vérifiée automatiquement à chaque tentative d'entrée sur le territoire.

Prise en charge des frais

Les frais de rapatriement sont en principe à la charge de l'étranger expulsé ou de son employeur. En cas d'impossibilité, l'État russe avance les frais et engage une procédure de recouvrement.

Ce que les expatriés occidentaux doivent retenir

Le risque d'expulsion pour les ressortissants français et autres Occidentaux résidant en Russie reste faible, à condition de maintenir une situation migratoire parfaitement régulière. Les points de vigilance sont :

  1. Ne jamais dépasser la durée de son visa, même d'un seul jour. Avec le système numérique actuel, tout dépassement est détecté automatiquement.

  2. Maintenir un enregistrement migratoire à jour. Tout changement d'adresse doit être signalé dans les 7 jours.

  3. Anticiper les renouvellements de titre de séjour. Les délais administratifs peuvent créer des vides involontaires.

  4. Conserver tous les documents : copies des visas, des tampons d'entrée, des confirmations d'enregistrement et des récépissés de dépôt.

Le doublement des expulsions en 2024 reflète une tendance de fond qui ne montre aucun signe de ralentissement. La Russie modernise et automatise sa gestion migratoire, réduisant à néant les marges de tolérance qui existaient auparavant.